MERCREDI 9 MARS 2011
Installé dans l'ancienne gare du même nom, le musée d'Orsay est probablement mon musée favori à Paris, car il abrite l'essence même d'une période mythique dans l'histoire de l'art : on y retrouve la plus grande collection de tableau des Impressionnistes, de leurs prédécesseurs et de ceux qui les ont suivi. Visiter d'Orsay, c'est comme une espèce de pèlerinage, un retour aux sources, un contact privilégié avec ce que l'art a de plus évocateur pour moi.
Ce sont les oeuvres des Impressionnistes qui ont éveillé chez moi le goût de la peinture; je me souviens encore du déclic ressenti lorsque, en visite à Chicago voilà plus de 25 ans, j'ai fait la rencontre d'un tableau impressionniste américain où un simple rayon de soleil, posé sur un bras féminin vêtu de soie blanche, m'a complètement fascinée. (Si je finis par retrouver la carte postale que j'ai du tableau en question, je vais la scanner et l'ajouter...)
Partie tôt de l'appartement, j'arrive au musée pour l'ouverture des portes et pénètre rapidement dans le magnifique édifice. Ô déception, il est maintenant interdit de prendre des photos partout dans le musée... Je peux me tromper, mais j'ai l'impression que lors de mon dernier passage, il n'en était rien. C'est tout à fait regrettable car la structure même de cette immense construction, ferroviaire à la base, est d'une grande beauté architecturale; je voulais prendre en photo le toit aux poutres métalliques, la splendide et gigantesque horloge au-dessus de l'entrée, mes tableaux préférés... Déception, donc, et encore plus du fait que je dois maintenant transporter ma caméra Nikon, pas nécessairement légère, un peu pour rien... Je vous offre ici un lien intéressant pour en connaître plus sur cet édifice superbe, ainsi qu'une photo du grand hall prise sur le site de Wikipédia, placée au début du texte.
Armée d'un audio-guide, je débute ma visite par les deux expos temporaires, soit
Une ballade d'amour et de mort : photographie préraphaélite en Grande Bretagne, 1848-1875 et une autre sur Gustav Mahler. Bien, mais il me tarde de retrouver les Monet, Manet, Pissaro, Sisley, Renoir, Toulouse-Lautrec, Gauguin, Van Gogh, etc...
Je me dirige donc vers la section de l'impressionnisme et du post-impressionnisme; je déambule d'une salle à l'autre, louvoyant parmi les nombreux visiteurs, m'attardant à ces tableaux maintes fois contemplés et tant admirés. Je me sens bien parmi ces chef-d'oeuvres, un sentiment de plénitude et de grâce à la fois. J'ai une pensée remplie d'affection profonde pour mon amie Yvette Boulanger, artiste-peintre de grand talent, qui affectionne particulièrement Sisley et Pissaro; je souris en apercevant le tableau des boeufs au champ peint par Rosa Bonheur...
Suivent ici des liens pour regarder quelques tableaux que j'affectionne particulièrement, et qui sont disponible sur le site du musée. Dans l'ordre,
Rosa Bonheur,
Edward Burn-Jones,
Maurice Denis,
Édouard Manet,
Claude Monet,
Alfred Roll,
Alfred Sisley,
Vincent Van Gogh.
14h10. Le ventre creux, je boude le café où l'on ne vend que des sandwiches et j'opte pour le luxe et l'atmosphère début 20e siècle du restaurant au 2e étage. L'endroit est extraordinaire, et il semble qu'on puisse prendre des photos ici... Discrètement, je sors ma petite caméra et je me défoule enfin, m'amusant à placer dans un ordre précis fourchette, couteau, serviette de papier, verre de vin, carafe d'eau... Je prends des clichés en macro, jouant avec les formes et la profondeur de champ, choisissant l'abstraction plutôt que le récit. J'aime les couleurs sous mes yeux, le vert acidulé contre l'argenté, le blanc grisé et le noir. Mon plat arrive et vient compléter l'esthétique de la présentation. Je soupire de bonheur, autant de pouvoir enfin exprimer ma créativité par la photographie que par la perspective de ce qui s'annonce être un excellent repas.






J'ai commandé une cocotte de saumon et St-Jacques dans une sauce crémeuse aux parfums de la mer, reposant sur un lit de pâtes fraîches, ainsi qu'un verre de vin blanc de Gascogne. L'arrivée de la cocotte demande une autre pause photographie avant la pause bouffe...
Quel repas formidable... Ça bat une baguette jambon-beurre à plate couture...
Après ce très satisfaisant repas, je retourne à la contemplation des oeuvres. Cet après-midi, il me reste les salles portant sur le symbolisme, le naturalisme, et toute la section sur Van Gogh et Gauguin. Comme il se fait tard, je passe en revue rapide les salles montrant des meubles, vitraux et objets Art Nouveau et Art Déco. Superbes. Arrivée tout prêt de l'immense horloge, je sors ma mini-caméra en catimini; je réussis à prendre une photo avant de me faire gentiment rappeler à l'ordre par une gardienne, qui surgit de je ne sais trop où... Je referai le même manège une deuxième fois dans une espèce de petite salle de bal, sans me faire prendre cependant...


Je sors du musée comblée, heureuse; je prends quelques clichés des oeuvres extérieures sous un ciel lourd et gris. Il ne pleut toujours pas, néanmoins. Je suis toujours aussi amusée par la représentation des 5 continents en sculptures féminines, et plus particulièrement par la représentation que l'artiste a faite de l'Amérique : une voluptueuse Amérindienne, bien sûr...
En partant du musée, je prends le métro pour me rendre à la
Maison européenne de la photographie, située dans le Marais. C'est mercredi soir, et l'entrée est gratuite en nocturne à partir de 17h. Malgré la fatigue de cette longue journée, je tiens à y aller car on y présente une exposition en hommage au photographe-reporter Henri Huet, mort lorsque son hélicoptère a été abattu pendant l'invasion du Laos par les troupes sud-vietnamiennes, voilà 40 ans. En plus du lien ci-haut, je vous présente ici quelques photos (de petits formats pour garder la qualité visuelle) qui proviennent du site officiel de la Maison :


Ce type d'exposition me bouleverse : la charge émotive particulière de la photographie noir et blanc, le sujet très difficile, la musique d'ambiance de circonstance, tout porte au recueillement et à l'introspection, et je ressors de la Maison européenne de la photographie sans avoir vu les autres artistes exposés, à la fois secouée mais aussi avec un sentiment d'être privilégiée. Privilégiée d'avoir pu, grâce à ce photographe talentueux et courageux, partager quelques moments de la réalité du Vietnam lors de la guerre; privilégiée aussi de vivre ce partage à distance, d'être née dans un pays et à une époque qui me mettent à l'abri des conflits, du moins jusqu'à maintenant. Je suis consciente du pouvoir considérable de la photographie pour communiquer informations et sentiments, et ce pouvoir qui est le mien, comme celui de tous ceux qui possèdent une caméra, me remplit d'un sentiment de responsabilité et d'humilité à la fois.

Sur le chemin du retour, je décide de ne pas aller manger au resto comme prévu ce soir; François n'étant pas à l'appartement pour la soirée, j'avais pensé aller au Mâchon d'Henri, un de mes bistrots préférés où je suis allée si souvent que je crois que Didier, le serveur, me reconnaît maintenant... Mais je suis maintenant d'une humeur peu encline à l'agitation, et je vais acheter une baguette et du vin pour me confectionner un bon petit repas maison.
Voici mon espace cuisine, où je fais revenir à la poêle une escalope de poulet ainsi que du poivron rouge et de l'oignon pour me confectionner un sandwich à tomber par terre. Pour accompagner le tout, j'ai ramassé en passant cette bouteille chez Nicolas, un extraordinaire vin rouge bio, d'une robe foncée à en tacher les lèvres, et au goût de revenez-y assez fort puisque c'est la 3e bouteille de la sorte que j'achète cette semaine. Ah, le bonheur de pouvoir en retrouver à Québec!
L'estomac comblé à nouveau, mon âme est, elle aussi, réconfortée. François revient de sa pratique de hockey, et nous finissons agréablement la soirée en conversant, délicieux rouge à la main.
Ce sera déjà ma dernière journée à Paris demain : je prévois une promenade sur la rue Cler, ma rue marchande préférée, un tour à la Tour pour la forme - un séjour à Paris est incomplet sans voir la création d'Eiffel - , une visite au Petit Palais et un souper aux Cocottes de Christian Constant.